Travail, territoires, codes

dimanche 5 avril 2015, par adrien martinez

ou ce qu’ils ont fait au travail dans la fonction publique...

Non, le titre ne ment pas, cet article parlera bien du travail, des territoires, et des codes, de ces trois mots, avec ces trois mots mais aussi avec bien d’autres, et c’est peut-être là que le bât blesse, car s’il faut le rappeler, que cet article parlera bien de tout cela, malgré le poids que peuvent avoir des mots lorsqu’ils sont dans un titre, c’est que ces mots peuvent s’amincir avec les détours que font prendre d’autres mots, pour le dire autrement, la chose va peut-être à un moment donné perdre en évidence, mais soyez assurer qu’il sera ici tenté de faire une analyse de ce qu’il pourrait bien se jouer dans les processus de transformation du travail à l’œuvre dans le cadre des politiques de nouveau management public, qui ont passablement percuté un certain nombre de métiers de la fonction publique ces dernières années et ont questionné l’action syndicale, voici donc de nouveaux mots, certains diront que leur lien avec le mot travail ne fait aucun doute, le lien avec les deux autres mots du titre, on ne le voit pas, je répondrais j’espère qu’à la fin vous le verrez, et je dirais aussi que le détour que nous venons de faire pour redire la même chose sans tout dire, ce détour est bien petit, qu’il y en aura bien d’autres, et des bien plus longs, mais qu’il est communément admis qu’un détour ramène toujours au chemin, il faut juste considérer que pour déambuler sur un chemin on en prend un autre.

Ne perdez pas ça de vu.

Je commence.

Le Shabbat débute le vendredi à la tombée de la nuit et se poursuit jusqu’au lendemain samedi, le coucher du soleil signifiant alors le terme du shabbat. Si cette information est vraie, et elle l’est, je peux vous l’assurer, elle ne l’est que pour une partie de l’humanité, mais comme ce texte n’a pas pour destination une partie particulière de l’humanité, quelle qu’elle soit, il me semblait opportun d’apporter ce niveau de précision dont vous pouvez avoir confirmation en lisant le texte de la Torah, qui, bien qu’elle ne soit pas le sujet principal de cet article, en constitue un point d’appui de l’argumentation, par l’implication des codes qu’elle contient sur les territoires où des groupes d’humains tentent de s’y astreindre. Si je parle de shabbat et de Torah, c’est en fait bien pour vous parler de territorialisation et de déterritorialisation dans le rapport au travail.

La Torah prévoit l’interdiction de 39 activités le jour du shabbat, mais une seule va intéresser l’argumentation que je vais tenter de développer ici. Quand c’est shabbat, il est interdit de transporter des objets d’un domaine privé dans un domaine public, ou sur une distance de plus de quatre coudées dans le domaine public. La chose peut se révéler assez handicapante, notamment parce que le sac à main, ou même les clefs sont frappés par cette interdiction et aussi si nous considérons le fait que quatre coudées, c’est très peu.

Par contre l’interdiction de mouvement dans l’espace public, sans porter d’objet de son espace privé, ne prend effet qu’à partir de 2000 coudées de distance par rapport à son espace privé, soit 965m. Cette distance, fixée par ordonnance rabbinique s’appelle le erouv tehoumim.

Certains d’entre vous auront déjà noté le fait qu’il est autorisé de parcourir un espace bien plus important hors de chez soi sans clef plutôt qu’avec clef, d’autres se seront déjà lancés dans des calculs, et s’il faut que je sois au même niveau que les gens qui lisent ces quelques mots, je calculerai aussi, il est donc permis de parcourir 4 coudées avec des objets de son espace privé, de les abandonner pour marcher sur 1996 coudées afin d’exercer pleinement son droit à déplacement, puis revenir et reprendre les objets transportés avant de rentrer chez soi en parcourant les 4 coudées nous en séparant, et quand je parle d’objet je pense à un objet essentiel au bon retour chez soi, en tout cas qui en facilite grandement la réalisation, je pense bien entendu aux clefs.

Ce déplacement nécessite de fait une grande confiance dans le reste des personnes qui seraient amenés aussi à se déplacer et par conséquent passer éventuellement à côté des clefs déposées dans la rue, personnes qui auront fait le choix de satisfaire à leur liberté de parcourir 2000 coudées hors de chez eux s’ils se sentent tenus par les règles du shabbat, ou alors personnes dont aucun des codes qu’ils s’assignent ne leur interdisent quelque mouvement que ce soit le jour du shabbat, ou enfin personnes qui n’ont pas connaissance du fait qu’un jour de la semaine puisse être shabbat.

La question de la confiance envers l’autre, je ne rentrerai pas dans les distinctions entre les différents autres, ce n’est pas signifiant pour mon argumentation, la question de cette confiance a toujours été un problème épineux. Une contradiction importante se joue donc entre le droit inaliénable à se mouvoir autant que les codes que l’on s’assigne le permettre et l’absence de garantie que l’on peut avoir sur la confiance que l’on doit aux autres, et donc pratiquement sur le fait de retrouver ses clefs posées 4 coudées devant chez soi.

Heureusement, une certaine lecture de la Torah permet d’étendre la notion d’espace privé à l’ensemble du village, s’il est entouré d’une muraille. Une interprétation se lève, et la vie peut changer. Il est maintenant permis, même avec sa clef en poche, de se déplacer librement, tant que l’on ne dépasse pas les murailles de plus de 4 coudées avec sa clef et 1996 coudées de plus les poches vides. Cette interprétation, et surtout l’acceptation collective de cette interprétation permet donc à toute personne se sentant tenue par les règles du shabbat de se déplacer dans la cité sans avoir à se demander s’il a confiance dans les autres personnes qui pourraient se déplacer ce même jour.

Il serait intéressant de discuter longuement du vent de liberté que peut apporter une interprétation quand elle accède à l’adhésion collective, mais aussi de comment une interprétation de ce type-là surgit, quelles sont les conditions matérielles, sociales, quels sont les rapports de force qui permettent ce surgissement, bref, comment les luttes pour l’émancipation s’insinuent-elles dans l’interprétation de la Torah, il y aurait beaucoup à dire, mais j’aimerais pouvoir avancer un peu dans mon histoire, et par conséquent dans l’Histoire, pour arriver au moment qui a rendu caduque l’effet libérateur de cette interprétation, à savoir la période historique où les villes européennes, pour tout un tas de raisons qu’il ne m’appartient pas de citer ici, se sont affranchies des murailles pour manifester leur frontière.

Ce problème est d’importance, car il invalide le compromis qui s’était fait jour permettant de faire cohabiter liberté de mouvement le jour de shabbat, confiance en les autres, et tous les codes inhérents à shabbat. Un mur tombe, et la vie doit changer. Tout s’effondre. Cet espace rempli de codes n’existe plus car ses frontières n’existent plus. Il est bouleversé. La vie doit changer donc. C’est impératif. C’est impératif, mais cela ne se fait pas comme ça, le temps d’un tour de clef dans une porte, cela prend du temps, d’abord on est saisi d’effroi, un mur tombe, et qu’est-ce que l’on va bien pouvoir faire de ça, et je passe sur le fait que le mur n’est certainement pas tombé d’un coup, cela a dû commencer par un pan, il y en a donc certainement eu pour se demander si un mur avec un pan en moins, est-ce toujours un mur, donc ce pan en moins peut faire que le mur n’est plus mur, et donc le village perd son statut d’espace privé le jour de shabbat, d’autres ont dû considérer qu’un mur avec un pan en moins, on pouvait comparer cela à une maison avec la porte ouverte, et ça, on doit avoir le droit le jour de shabbat, d’ouvrir une porte, vu que l’on peut sortir de chez soi sur 2000 coudées, et cela ne fait pas que l’espace intérieur n’est plus espace intérieur, cela a dû débattre, longtemps certainement, les arguments ont dû être passionnants, mais un jour, quand il n’y avait plus de mur du tout, la discussion a cessé, il n’y a eu qu’effroi, qu’est-ce que l’on va bien pouvoir faire de cela.

Comme quoi, quand on abat un mur, il ne suffit pas de se demander s’il est porteur ou pas. Parfois, abattre un mur, c’est déterritorialiser.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Ceux-là même qui avaient rempli de codes un espace grâce à un changement du code, ceux-là même qui en avaient donc fait un territoire, en sont sortis parce qu’il y a changement de la frontière de ce territoire. Alors vous pourriez me dire maintenant, que je n’ai pas tout dit, que s’ils sont sortis c’est qu’ils sont allés autre part, de gré ou de force, et peut-être allez-vous me demander de raconter cette suite-là, je vous répondrais, non, ils sont toujours-là, dans ce village maintenant sans muraille, mais ils ne peuvent plus y être comme ils y étaient. Ils ont été déterritorialisés.

Peut-être que maintenant il m’est possible d’asséner un peu. Peut-être même est-ce nécessaire. Je dirai donc les choses suivantes :
- un territoire, c’est un espace avec une frontière et rempli de codes, c’est un espace construit par ses codes
- un territoire permet des pratiques particulières non possibles hors de ce territoire, du fait qu’il est l’espace d’expressions de ses codes
- dans un même espace peuvent se superposer plusieurs territoires, donc plusieurs pratiques
- dans un même espace peuvent se superposer plusieurs territoires, donc plusieurs pratiques, et il peut y avoir conflit de codes et de pratiques
- changer les codes, changer les frontières, c’est déterritorialiser
- on ne reste pas déterritorialisé longtemps, on se reterritorialise

Oui, on se reterritorialise.
Et c’est maintenant que je vais me permettre de revenir à la question du bouleversement du travail dû aux politiques de nouveau management public. Certains diront c’est pas trop tôt, il promet un article sur le travail, et il passe son temps à parler du shabbat, mais si d’autres voudront considérer avec moi que ce détour n’était peut-être pas indispensable mais tout au moins nécessaire, c’est qu’ils seront d’accord pour dire que, dans les transformations au travail qui sont à l’oeuvre dans le cadre des politiques de nouveau management public, nous avons vécu des épisodes de déterritorialisation/reterritorialisation. S’il faut le dire autrement, on a vécu des réassignations profondes de métiers. Dans ce mouvement, où les agents ont été massivement sortis de leur métier pour en faire un autre, se sont jouées des situations de violence particulières, spécifiques, que l’on ne retrouve pas dans d’autres types de violences au travail. 

Il faudra certainement prendre des exemples, étayer ce propos qui assène, mais continuons encore un peu, juste pour signifier ce qui se passe dans un processus de déterritorialisation/reterritorialisation au travail, tout ne sera pas dit, pour cela il faut convoquer le particulier, nous verrons cela plus tard, et certainement pas tous les particuliers, nous nous contenterons de deux, restons donc un peu à un niveau général disais-je, dans un processus de déterritorialisation/reterritorialisation, on transforme l’espace où se réalise le travail, et on change tous les codes, on change les mots avec lesquels on raconte son travail, on change les mots avec lesquels on pense son travail.

Et ça, ce sont des ruptures. Rupture avec ce que les psychologues du travail appellent « le genre professionnel », il y aurait bien des façons de dire ce que cela peut être, en ne choisissant pas la plus rigoureuse on pourra dire que c’est ce que l’on convoque pour agir dans une situation concrète de travail, en totalité ou en partie, c’est l’ensemble des répertoires d’actions historiquement et socialement construits, c’est l’histoire d’un métier en tant qu’elle est source pour pouvoir agir dans son métier. Rien d’ossifié là-dedans, c’est quelque chose que l’on réélabore à chaque fois que l’on est en situation de travail, avec un collectif de travail, pour le dire encore autrement, on transforme le genre professionnel à chaque fois que l’on travaille.
Dans les processus de déterritorialisation/reterritorialisation au travail, quand on change codes et territoires d’expression du métier, il y a rupture avec le genre professionnel, et rompre avec le genre professionnel, ce n’est pas anodin, c’est se plonger dans un métier sans mémoire, un métier qui ne se raconte plus avec les mêmes mots, un métier qui n’habille plus sa réalisation des mêmes codes, un métier qui n’investit plus les mêmes territoires, cela veut dire rupture avec un collectif de travail, pas seulement le collectif existant, mais aussi les collectifs ayant déjà existé, qui ont nourri, qui ont construit l’identité du métier. Double phénomène d’isolement : isolement par rapport à l’histoire du métier, isolement par rapport au collectif de travail existant.

Pour réussir un tel coup, il faut la grosse armada. Cela ne se fait pas en un jour il faut des outils performants, il faut s’y mettre à plusieurs, attaquer de plusieurs côtés, et c’est ainsi qu’ils ont fait, ceux qui ont déterritorialisé, ils ont avancé parfois à petit pas, parfois en courant, ils ont transformé tout un tas d’aspects du métier, ils ont multiplié les écrits pour habiller les métiers de nouveaux mots, pour contrôler l’activité des travailleurs, ils ont transformé ou mis en place des systèmes d’évaluation des structures, ils ont jeté un voile entre le métier et la façon dont on en parle, j’ai des usagers face à moi, ils ont des chiffres, ils ont scindé et fusionné des services, ils ont déplacé, des personnels, des usagers, ils ont ouvert et fermé, ils ont isolé et pour cela ils ont changé les modalités de l’évaluation des personnels ils ont individualisé les carrières, les revenus, rompant avec les logiques unificatrices, notamment en octroyant la part belle aux primes dite au mérite, ce qui n’est pas anodin, parce que, quand on individualise,on ouvre la boite de pandore des sentiments d’injustice, on abîme les solidarités, et donc on fait mal aux collectifs de travail, on les casse.
On nous casse.

« Je n’ai pas quitté mon métier, c’est mon métier qui m’a quitté. Et ça a été insupportable. »

Un je. Deux guillemets.
Les plus attentifs des lecteurs l’auront certainement anticipé, pour les autres, ceux qui ont pris un chemin bien à eux pour arriver ici, il faut que je le signifie, avec ce je, avec ces guillemets, l’heure des exemples est arrivée, et il le faut certainement, car des propos, sans l’épaisseur du réel, cela peut pousser des pays à envahir l’Irak, mais pas convaincre des gens comme vous, deux exemples, c’est ce que j’ai promis tout à l’heure, deux exemples donc, le premier concernera le métier d’Éducateur à la Protection Judiciaire de la Jeunesse, le deuxième le métier d’Enseignant à l’Éducation Nationale, deux exemples pour un propos, c’est bien, ce n’est pas trop, ce n’est pas non plus scientifique, mais après avoir entendu parler de shabbat, d’évolution historique des cités européennes sans avoir une seule mention de dates, d’abattage de murs sans mention d’une quelconque gestion des gravats, je suis sûr que vous en aviez abandonné l’idée, en tout cas moi la prétention.

« Je n’ai pas quitté mon métier, c’est mon métier qui m’a quitté. Et ça a été insupportable. »

Un je. Deux guillemets.
Ce je, c’est un syndicaliste, éducateur à la PJJ, protection judiciaire de la jeunesse. Ce qu’il y a entre ces deux guillemets, c’est quelques-uns des nombreux mots qu’il m’a donnés, et qui de mon point de vue ont raconté un processus de déterritorialisation/reterritorialisation.
Des mots pour dire la transformation d’un métier, pour énoncer les modifications profondes des politiques menées dans la PJJ, avec un avant, et un après, un avant 1997, un après 1997, un avant instruit autour de l’idée de la possibilité d’émanciper les enfants, les adolescents pour lesquels des mesures de justice, des mesures éducatives avaient été prises, un avant où la société avait un regard bienveillant sur la jeunesse, sur la marginalité, vous direz peut-être que la description que je fais ici est certainement angélique, je répondrais que ce sont mes mots racontant les siens, et que mes mots ne se donnent pas le temps de raconter tout ce que lui m’a raconté, toute l’histoire de cet avant, mes mots à moi relateront juste que cet avant va de 1945 aux années 90, et qu’il faudra bien considérer ces années, et pour mon propos et dans un souci de justesse, comme la parenthèse éducative dans la gestion de la délinquance, qui dit parenthèse dit que cela se ferme, c’est comme les guillemets, cela marche par deux, nous en revenons donc à l’après, et cet après est marqué par le besoin de sécurité formulé par la société, c’est un peu vite dit comme cela, mais rappelez-vous « les sauvageons », rappelez-vous ces sondages qui martelaient que la préoccupation première des français était la sécurité, ce n’est pas toute la société qui formule cela, mais c’est celle qui a le vent des médias en poupe, donc cela devient de plus en plus prégnant et cela s’accompagne de l’introduction du vocabulaire managérial dans les hiérarchies intermédiaires, et d’une série de réformes qui visent à transformer radicalement le métier d’éducateur PJJ.
Transformer en déterritorialisant, puis en reterritorialisant.
Transformer en changeant les codes du métier, en changeant les frontières d’expression du métier.

« Non »

Autre mot.
Autres guillemets.
Autre locuteur.
Ici, ce n’est plus l’éducateur à la PJJ qui parle, même si c’est de lui que je tire ce mot, comme quoi, on en finit pas avec les détours, mes mots racontent les mots d’un autre qui eux-mêmes font état des mots d’un autre autre, ce n’est donc plus l’éducateur PJJ qui parle, mais cet autre autre, et cet autre autre, c’est l’adolescent pour qui une mesure éducative ou de justice a été prononcée, cet adolescent qui est en danger/se met en danger/met en danger, cet adolescent dont l’éloignement à la normalité pose problème, à qui, il ne me revient pas de discuter de ce point ; il faut certainement aller voir dans ce qui a été développé précédemment, ce qui doit dépendre des époques, toujours est-il qu’avec ce mot, ce « non », l’adolescent agit, et selon, il fait débuter un métier ou il le termine. Il le fait débuter avant 1997, avant le processus de déterritorialisation/reterritoralisation, il le termine après.

« Non »

C’est la réponse que donne un adolescent à un éducateur à la protection judiciaire de la jeunesse, qui a monté un projet pour l’adolescent, tu pourrais être tailleur de pierre, il y a une formation dans cette ville, je t’ai trouvé un patron qui veut bien te prendre en stage, il pourra même te rémunérer, un peu, pas beaucoup, mais c’est déjà ça, c’est un nouveau départ, après ce que tu as vécu, après ce que tu as fait, quelqu’un te donne ta chance, je me suis décarcassé pour te trouver tout cela, j’ai

« Il me dit non et c’est là que mon métier commence. »

Là c’est avant, quand la fonction éducative de la protection judiciaire de la jeunesse était affirmée, là c’est dans la parenthèse, parce que, quand il dit « non », l’adolescent, il s’affirme par rapport à ce qui est attendu de lui, il dit ce projet n’est pas le mien, je ne vais pas rentrer comme cela dans le projet que vous avez pour moi, il va te falloir tenir compte de moi, de mes aspirations, de ce que je veux réellement construire même si les mots pour le dire, je ne les ai pas encore trouvés, je te dis juste que ce que tu me proposes, ce n’est pas moi, alors l’éducateur PJJ va discuter, tu dis non mais tu dis quoi, parce que, maintenant que tu refuses, après avoir dit oui à tout ce que je t’ai proposé et après avoir tout abandonné, après avoir tenu une semaine et avoir tout lâché, maintenant que tu refuses, on va pouvoir discuter avec ce que tu veux toi, car mon travail, l’espace dans lequel se déploie mon métier, c’est le projet éducatif que je vais négocier pas à pas avec toi, celui qui va réellement te changer, celui où je vais faire œuvre d’éducation, celui où tu es sujet et où je vais t’aider à construire ton autonomie, et je vais prendre au sérieux tes refus, tes hésitations, et je vais les réfléchir, et je vais écrire sur ces négociations, et je vais en parler avec mes collègues, dans mon collectif de travail, je vais dire ce que cela remue en moi, mes hésitations à te comprendre, ils me répondront, on discutera, ils me feront avancer dans ce que je mène avec toi, et je vais venir te voir, là où tu habites, là où tu te socialises, là où tu vis, on ne se quittera pas si facilement, toi ayant dit non, toi devenant sujet, et moi exerçant enfin mon métier.

« Il me dit non et c’est là que mon métier finit. »

Là, c’est après. Après 1997.

Après 1997 mais peut-être pas juste après, si peu de choses se font en un seul jour, c’est vrai de la destruction de murailles, nous l’avons vu tout à l’heure, c’est aussi vrai d’un processus de déterritorialisation/reterritorialisation, cela prend du temps, il a fallu un flot de réformes, d’abord à un rythme lent, tous les trois ans, puis ils ont accéléré, tous les trois mois, il a fallu transformer les hiérarchies intermédiaires, transformer leurs mots, leur faire jouer le rôle de fer de lance dans la mise en place des réformes, en les convainquant, ou en changeant les membres, hier c’était des anciens éducateurs, aujourd’hui ce n’est plus le cas, et pas à pas, elles deviennent une hiérarchie d’imposition, il a fallu transformer chaque aspect du métier, la finalité d’abord, en renonçant à l’idée d’éducabilité de chaque enfant, le temps où le métier se déploie ensuite, en faisant passer la durée d’une mesure éducative de trois ans à trois mois en moyenne, puis il a fallu déplacer les personnes, les faire quitter les lieux où vivent les enfants pour les faire travailler ailleurs, il y aura moins d’éducateur en milieu ouvert et on augmentera les centres éducatifs fermés, on les installera dans de nouveaux bureaux, on les sortira de « ces institutions où les murs murmurent », on leur fera passer plus de temps auprès du procureur, auprès des mairies et de la mise en œuvre des politiques de la ville, puis il a fallu changer leur formation, puis il a fallu ajouter des tâches pour qu’elles en remplacent d’autres, dorénavant vous n’aurez plus de budget fixe pour vos projets, il faudra les soumettre pour obtenir financement, cette idée est excellente, elle change la nature des écrits de l’éducateur, un écrit pour rendre compte plutôt qu’un écrit pour penser, un écrit pour convaincre plutôt qu’un écrit pour mettre ses questions à jour, ce n’est pas les mêmes mots, et elle met en concurrence, ce financement, il sera pour moi, ou pour mon collègue, il ne sera pas pour nous deux, comment vais-je discuter maintenant avec ce collègue qui peut me prendre les moyens pour que je fasse mon métier, et ce n’est qu’une tâche en plus parmi d’autres, je n’ai plus le temps, et il y a ces réunions d’études de cas, avec les autres éducateurs, avec les psychiatres, tous les vendredis, j’en avais besoin, pour penser ce qui se jouait avec l’adolescent que je suis, chez lui, chez moi, mais aujourd’hui, je n’ai plus le temps, et elles ne sont plus obligatoires et ...

Et pas à pas l’espace éducatif s’est réduit.
Et pas à pas l’espace répressif a grandi.
Et un jour mon métier finit quand il dit « non ».
Quand il dit « non », il refuse le projet éducatif que j’ai monté pour lui. Il refuse mon travail. Il l’empêche.
Quand il dit « non », il refuse la chance que lui donne l’institution.
Quand il dit « non ». Il refuse la mesure éducative. Il est renvoyé devant le juge. Et moi, je rends compte au juge. Pour qu’il décide.

Et un jour mon métier m’a quitté.
Et un jour une profession entière a été déterritorialisée et reterritorialisée.

L’avant déterritorialisation dans l’Éducation Nationale et plus particulièrement dans l’École Primaire, c’est l’avant 2005. Ou peut-être un peu avant. Car s’il a été beaucoup fait cas de mots, de frontières, il ne sera pas dit que je ne parlerai pas d’argent. Jusqu’aux années 90, l’école connaît une longue phase d’amélioration moyen du niveau des élèves. On n’a pas rien sans rien me direz-vous, je vous répondrai par l’affirmative, effectivement pendant tout ce temps, de 1945 à 1993, les moyens attribués à l’école ont augmenté, la durée de la scolarité obligatoire a progressivement augmenté, le système scolaire s’est peu à peu unifié, s’il faut donner un exemple dans l’exemple, donnons-le, la création du collège unique en 1973 dresse une toile de fond qui a des conséquences concrètes dans le métier d’enseignant du premier degré, car elle fonde l’exigence de la réussite de tous. Certains diront que le trait est barbare, que je n’aborde pas le fait que le système scolaire est historiquement ségrégatif et que par bien des aspects il l’est resté dans cette période, ils citeront Bourdieu, ils citeront Passeron, ils diront qu’il y a corrélation entre origine sociale et devenir scolaire, ils parleront de l’arbitraire culturel d’une école alignant ses standards sur ceux des classes dominantes et ce faisant reproduit les inégalités en même temps qu’elle les légitiment, ils aborderont le fait que, plus qu’économiques, ce sont les différences culturelles qui déterminent les différences scolaires, code restreint pour les enfants des classes populaires, code élaboré pour les enfants culturellement favorisés, ou pour aller plus loin, et dans le temps de la recherche, et dans la profondeur de l’analyse, ils diront que tout cela touche au rapport au langage, qu’apprendre à l’école, c’est devoir rompre avec un rapport quotidien et immédiat au monde, que cette rupture suppose des usages spécifiques du langage qui correspondent à des attitudes de distance, de surplomb, d’observation, de questionnement, d’explication, langage comme structuration de la pensée, langage comme construction d’un rapport au réel, qui se nourrit d’une histoire (de la discipline, de sa recherche), que ce rapport au langage n’est pas évident pour tous, et en particulier pour les élèves issus des classes populaires, mais que l’école est dans l’évidence de son acquisition par tous et en dehors d’elle et ils ajouteront que l’école n’a pas su quoi faire de cela, qu’elle ne s’est même pas rendu compte de cela.
C’est vrai.
Mais il n’empêche. L’ambition de la réussite de tous faisait partie des mots avec lesquels se racontait le métier d’enseignant, l’évolution des textes cadrant ce métier était marqué par une prise en compte de plus en plus flagrante du caractère complexe d’une situation d’apprentissage et de la nécessité d’appréhender cette complexité, tout cela dressait une identité professionnelle, un genre professionnel, dont un certain nombre d’institutions (syndicats, mouvements pédagogiques, associations disciplinaires…) étaient partie prenante.
Le territoire d’expression de ce métier, c’est le territoire de la classe, celui où les enseignants font vivre l’objectif commun qu’ils ont pour cette classe, avec des écrits qui sont tournés vers l’organisation de cette classe et le fait de faire progresser tous les élèves dans la situation de classe.

L’après 2005, c’est l’après réforme Fillon, et la mise en place d’un flot de transformations du système éducatif, je ne les détaillerai pas toutes, je n’en détaillerai même aucune, j’en citerai par contre, il y a le socle commun de compétences et de connaissances, les PPRE, le LPC, l’aide personnalisée, la multiplication des dispositifs d’évaluations, l’imposition de logiques de pilotage, le renforcement du pouvoir hiérarchique, j’en passe, j’en passe, pour venir plus vite à une idée, comme quoi, parfois, les détours ne sont pas nécessairement le chemin le plus court ; toutes ces réformes, tous ces objets qui ont changé les codes dans l’éducation, ont un projet, le renoncement à l’élévation du niveau pour tous, il y a une partie qui pourra réussir et que l’on pourra amener aux études supérieures, et une autre partie pour laquelle on formule comme ambition le niveau CAP, une partie qui aura droit aux programmes scolaires, l’autre n’aura pour horizon que l’obtention du socle commun de compétences et de connaissances, et tout ça dans la même structure, il faut donc la changer, il faut en toucher les frontières, les rendre moins nettes, où les enfants apprennent-ils, dans le temps de classe, dans le temps de l’aide personnalisée, dans le temps péri-éducatif, et moi, enseignant, à qui j’enseigne, à des enfants, à des bouts d’enfants, à une classe qui fait classe et à qui on assigne pour tous un même projet, réussir, à une classe coupée en deux, en quatre, en mille, à des amoncellements de compétences, à des élèves morcelés en compétences, en particulier ceux issus des classes populaires, tous ces derniers mots sont des questions, vous l’aurez compris, elles ne vous sont pas posées, ne vous inquiétez pas, elles se sont posées elles-mêmes, à des enseignants, à des collectifs d’enseignants, à des écoles, à cette école. Dans cette école, il y avait des enseignants, cela va de soi, il y avait des élèves, c’était donc bien une école, il y avait l’idée que tous pouvaient réussir, il y avait des enseignants travaillant ensemble, cherchant, pourquoi celui-ci résiste, qu’est-ce qui l’empêche d’apprendre, que faut-il mettre en œuvre, que font mes pratiques à cet élève, et cela discutait, cela se disputait, et donc cela pensait ensemble, il y avait donc des enseignants, des élèves, une idée de l’école, tout ça n’était pas parfait, mais tout ça tenait ensemble et un jour il y a eu l’aide personnalisée.
L’aide personnalisée, pour le dire en deux mots, ou trois, ou quatre, c’est deux heures de classe en moins pour tous les élèves, sauf pour quelques-uns, les plus en difficulté, que les enseignants gardent un peu plus, deux heures de plus, le midi, le soir, c’est selon, pour les aider. Aider plus ce qui en ont le plus besoin, une bonne idée me direz-vous ? Mais voilà. Cela ne marche pas. Car plus on aide, plus on rend dépendant à l’aide, et ça cela veut dire plusieurs choses, cela veut dire que l’élève ne peut plus faire sans l’enseignant car celui-ci en décomposant la tâche, en multipliant les reformulations, centre de plus en plus l’élève sur la tâche matérielle, l’éloigne de la tâche cognitive qu’il doit prendre en charge, au point que la pensée ne se construit plus, mais cela veut dire aussi que l’élève, lui, il a deux moments de classe, il a 24h avec tous les autres enfants, et il a deux heures quasiment tout seul avec l’enseignant, et celui qu’il préfère, celui où il se sent le mieux, le plus en sécurité ce sont les deux heures, et ce que je ne comprends pas pendant les 24 heures, ma maîtresse va me le réexpliquer pendant les deux heures, à quoi bon chercher, à quoi bon réfléchir, à quoi bon prendre le risque de changer mes représentations tout seul quand ma maîtresse le fera pour moi, alors de fait, cette aide personnalisée, ces deux heures de moins pour tous les élèves, c’est 24 heures de moins pour les élèves les plus en difficulté. Pour le dire autrement, l’aide personnalisée augmente la difficulté de ceux qui sont le plus en difficulté.
Et un jour il y a eu l’aide personnalisée.
Dans cette école, où il y avait l’habitude de chercher, de discuter, de se disputer, on a pris ce nouvel objet, et on l’a trituré, discuté, on s’est disputé avec lui, entre nous sur lui, pour se dire tout ce que je vous ai dit avant, ce que la recherche disait aussi, et puis pour se dire que si l’aide personnalisée augmentait les inégalités scolaires, elle n’avait pas sa place dans cette école où l’on veut la réussite de tous, alors on a résisté, on a dit non, on a pris tous les élèves pour qu’aucun ne perde ni deux heures ni 24 heures, il a fallu expliquer, aux parents, il a fallu s’expliquer, auprès de la hiérarchie, et là la chose n’a pas été simple, elle a même été dure, il y a eu des injonctions, il a eu du contrôle répété, il fallait rendre compte, et quand le temps passé à rendre compte est plus long que le temps passé à enseigner, où est passé le métier, et quand il faut rendre compte de ce qui est juste pour la réussite des élèves, où est passée l’école, certains peuvent tenir longtemps comme cela, d’autres moins, mais si certains tiennent et d’autres pas, le collectif se casse. Et le collectif s’est cassé. Ici. Dans cette école. Et dans celle-là. Et dans celle-là. Ils ont abîmé l’objet de travail. Ils ont modifié les codes de l’école. Ils en ont changé les frontières. Ils ont déterritorialisé.
C’est dans ce contexte que la réforme des rythmes scolaires vient percuter une profession qui n’est plus à l’endroit dans son métier, qui est en situation de rupture avec son histoire, et qui n’a pas les ressources professionnelles pour répondre.
Une profession en pleine déterritorialisation.
Mais dont la reterritorialisation n’est peut-être pas encore faite.
Et c’est un enjeu majeur.

Dans la PJJ la reterritorialisation a été faite. Et ça a été une résignation. Acceptation des stratégies individuelles, l’adolescent est celui qui empêche le travail, la perte du rapport à l’histoire du métier, au genre professionnel a été actée.
Dans l’Éducation Nationale, on peut encore faire le pari que la reterritorialisation ne s’est pas faite, et que peut-être encore peut-on inventer une autre forme de reterritorialisation. Cela veut dire deux choses : d’une part, cela sous-tend que la résignation n’est pas le mode unique de reterritorialisation. D’autre part, cela veut dire aussi que dans l’Éducation Nationale, on n’a pas encore trouvé comment induire une reterritorialisation sur un autre mode.

Car dans une reterritorialisation, des processus différents peuvent se jouer. Et peut-être que pour justifier, cette affirmation, il me faudra poursuivre les mots du début, ceux qui parlait du shabbat, de murailles, d’espace public et d’espace privé, ceux qui s’étaient arrêtés avec des gens saisis d’effroi, car il faut bien que maintenant je vous l’avoue, les personnes dont je parlais avant d’asséner, avant d’évoquer la protection judiciaire de la jeunesse et ce qu’on lui a fait, avant de digresser sur les transformations à l’œuvre dans l’éducation, ces personnes qui ont vu ces murs tomber et qui se sont dit « qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de cela », « qu’est-ce que je vais pouvoir faire avec cela », ces personnes qui ont été déterritorialisées, trois cents, quatre cents ans après, elles ne continuent pas à se poser la question, elles ne sont pas plantées devant ce mur qui n’est plus là, hébétées, interdites, remplies d’effroi, elles y ont répondu à leurs questions, elles se sont reconstruites un territoire, pas nécessairement le même, et là il me faut distinguer, pas le même que celui d’avant, cela frôle l’évidence, mais pas non plus le même entre elles, car il y a plusieurs façons de se reterritorialiser, plusieurs c’est beaucoup dire, c’est certes dire qu’il y en a plus d’une, mais nous pourrons peut-être être plus précis, il y en plus d’une et il y en a deux.
On peut se résigner, ces murs n’existent plus, soit, je m’en retourne chez moi, dans ma maison, ce que le changement de code m’avait ouvert comme espace de liberté, je dois l’abandonner, je vais de nouveau devoir me demander si je peux poser mes clefs quatre coudées devant ma porte sans craindre qu’elles disparaissent, je vais de nouveau devoir calculer si le trajet que je dois faire fait moins de 2000 coudées, c’était bien certes, c’était bien, c’était bien mais ce n’est plus, mais je m’y ferai, avant ils s’en accommodaient bien, ou je ne m’y ferai pas, je serai malheureux de cette liberté perdue, de ce réenfermement, de cette réassignation dans un espace retreint.
Il y a donc des personnes qui se résignent.
Il y a donc des personnes qui se résignent, mais cela ne vaut pas pour tout le monde, d’autres ne se résignent pas, et là, pour trouver, il faut inventer, il n’y a plus de muraille en pierre, qu’à cela ne tienne, on en fera une autre, et puis c’est quoi une muraille, qu’est-ce qui fait muraille, quelle est l’épaisseur nécessaire pour qu’une muraille soit une muraille, ou plutôt pour qu’elle satisfasse au fait de constituer la frontière délimitant l’espace que je considère comme étant mon espace privé le jour de shabbat, un mètre, cinquante centimètres, un centimètre, un fil, puis-je me satisfaire d’un fil, pourquoi mettre tant d’importance dans la taille d’un mur face à l’importance que je mets dans le fait de pouvoir me déplacer le jour de shabbat dans ma ville, la taille d’un fil suffit peut-être, la taille d’un fil suffit sûrement...
Et la taille d’un fil a suffi. Quelques poteaux de bois pour le tenir de temps en temps, en hauteur, de préférence, on appelle ça des erovim, un fil à plusieurs mètres du sol pour ne pas empêcher les déplacements pour ceux qui ne se sentent pas tenu par shabbat ou pour les autres jours que shabbat, un fil et je peux de nouveau me déplacer dans ma ville.

Deux reterritorialisations donc. Une résignation et une invention.

L’enjeu est de taille. Il est même certainement fondamental. Et c’est un de ceux qui sont posés aux groupes pensant le travail en tant qu’il est bousculé par des phénomènes de déterritorialisation/reterritorialisation. C’est donc le cas du syndicalisme. Au-delà des réponses pied à pied aux attaques contre nos métiers, la condamnation de l’individualisation des carrières des personnels, la multiplication des écrits injonctifs, la dénonciation d’un hiérarchie tatillonne, qui ont leur importance, mais qui ne sont pas au niveau de ce que pose un processus de déterritorialisation/reterritorialisation, il est essentiel d’agir dans le rapport au genre professionnel, et construire du collectif pour maintenir un lien avec ce genre professionnel.
Si on n’y arrive pas, c’est la résignation. C’est le métier changé. Le métier abandonné. Ce sont des stratégies individuelles. C’est le repli sur soi, dans son petit espace intérieur, ce sont des gens isolés qui pratiquent un métier qui n’est plus le leur.
Si on arrive à construire un collectif qui pense réellement la réalisation du maintien du lien avec son genre professionnel existant et sa réinvention au vu des nouvelles situations, un collectif qui s’assigne un enjeu particulier et qui se pense donc avec cet enjeu, un collectif qui prend à bras le corps ce que son métier est en train de devenir, mais aussi ce que pourrait être un devenir émancipateur de son métier, on peut être alors en situation d’inventer des formes de transformations d’expression du métier, de territoire du métier, de code du métier, qui peuvent être une barrière aux transformations mises en œuvre par le nouveau management public. Et qui peuvent redonner du souffle ensuite au travail syndical, au travail revendicatif, et au travail contre l’aliénation au travail.
Repenser un collectif. Repenser le travail. Repenser l’émancipation. Trois fois rien. Mais c’est là que je voulais aller, avec tous les détours pris, les courts, les longs, avec tous les mots utilisés, ceux qui parlent de travail, ceux qui parlent de territoires, ceux qui parlent de codes.
C’est là que je voulais vous amener, en discutant sur shabbat.