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L’automne 2010 et ses suites. Ce que le mouvement contre la réforme des retraites nous donne à voir

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lundi 14 mars 2011, par Louise Michel Bx Partager envoyer par mail envoyer par mail

La force du mouvement social de l’automne 2010 contre la réforme des retraites démontre une fois supplémentaire un ancrage durable de la conflictualité sociale depuis 1995 en France. Les manifestations massives, la longue grève des raffineurs et des salariés des transports, les blocages des axes de communication ont constitué à l’échelle de l’Union européenne la première riposte significative des salariés et des jeunes face aux plans de rigueur. Le mouvement s’inscrit ainsi dans le temps court d’une phase de mobilisation contre la crise amorcée plus tôt avec le mouvement social du printemps 2009 et les luttes dans le secteur privé contre les licenciements. Il résonne également dans un temps long des mobilisations sociales, avec le mouvement de l’hiver 1995, la lutte contre le CPE en 2006, comme avec le spectre venu de 1936 et 1968 d’un blocage du pays.

Si la mobilisation n’est pas parvenu à obtenir le retrait du projet de loi sur les retraites, la lutte a rapidement pris une tournure politique, manifestant la défiance d’une part croissante de la population à l’égard des politiques néolibérales et des gouvernements qui les mettent en place. L’automne 2010 laissera ainsi immanquablement des traces et amène de nombreux questionnements pour le mouvement social et la gauche radicale.

En nous lançant dans l’aventure de la Société Louise Michel à Bordeaux, nous espérons créer un outil à même d’interroger, de penser ce qu’a été un mouvement social tel que celui qui a agité la France à l’automne 2010. Afin de repenser cet événement, nous chercherons, lors d’une première initiative publique le mercredi 30 mars 2011, à croiser plusieurs voix d’acteurs du mouvement social : celles d’acteur de ce mouvement sur la Gironde (AG interpro, bloqueurs-euses...), celle de Jean-Marie Harribey, économiste, ancien président d’ATTAC-France, celle de Christophe Aguiton enfin, militant altermondialiste, fondateur notamment de SUD-PTT et de l’Union syndicale Solidaires. A l’aide de la Société Louise Michel, nous chercherons à nouer un dialogue entre les riches expériences des mouvements sociaux des deux dernières décennies et les nouvelles pensées critiques dont l’apport nous semble fertile. Nous voulons ainsi partir dans une quête du sens du mouvement social de l’automne, de ses devenirs dans les temps à venir, de ce qu’il a représenté pour les acteurs qui l’ont fait vivre pendant les nombreuses semaines de manifestations, de grèves et de blocages, mais aussi de rencontres, de joies comme de déceptions.

Ce chantier nous amène à interroger d’abord la genèse de la mobilisation : du lancement de l’appel ATTAC-Copernic, de l’organisation d’une large campagne unitaire, aux premières journées d’action du printemps. La mobilisation unitaire de nombreuses organisations du mouvement politique et social a été déterminante, mais a rencontré un certain nombre de difficultés. Tant dans le champ politique que dans celui de l’action syndicale, l’unité a revêtu des formes à géométrie variable, manifestant des désaccords d’orientations plus ou moins contradictoires. Ceux-ci se sont en particulier cristallisés à travers le choix d’un calendrier de manifestation nationale, celui de construire la grève dans un certain nombre de secteurs stratégiques, de mettre en place des blocages ou des actions visant à paralyser l’économie. L’Intersyndicale nationale constitue ainsi un objet particulièrement fertile à interroger, afin de comprendre ce qui a déterminé les rythmes mal assurés d’un mouvement qui cherchait parfois à lui échapper. En effet, les militants, qui ont été des semaines durant au cœur du mouvement, gardent en mémoire la force de l’expérience des Assemblées Générales interprofessionnelles qui ont structuré le mouvement. En réunissant chaque soir ou chaque semaine des dizaines de militants venus d’horizons très différents – salariés grévistes des transports ou de la chimie, enseignants, étudiants, précaires, chômeurs… – les AG interpro nous font voir une forme d’auto-organisation qui a su rassembler, au-delà des appartenances existantes, différentes traditions du mouvement ouvrier, différentes expériences accumulées dans le mouvement social. En Gironde, les AG qui se réunissaient à Bassens sur la rive droite de Bordeaux, à Pessac, Bègles ou Mérignac, à Libourne ou dans le Sud-Gironde, ont été l’aile la plus dynamique du mouvement, ont tissé des liens qui ne préexistaient pas à leur constitution, riches pour l’avenir.

Voilà ce que la Société Louise Michel Bordeaux propose pour sa première initiative. Nous partirons à la recherche de ce qu’a été le mouvement social de l’automne 2010, à la recherche de la signification de l’articulation parfois conflictuelle des différentes légitimités qui se sont exprimées à travers l’action de l’Intersyndicale, des AG interprofessionnelles, des Collectifs retraites… Nous envisagerons la postérité de ce mouvement exceptionnel, sa permanence dans la séquence sociale et politique qui se déroule, comme les questionnements difficiles auxquels nous cherchons encore des réponses.

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